Calliope, un chant de liberté

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Le Projet « Calliope, entre Garonne et Atlantique » est un projet KLAC proposé aux écoles primaires de Bordeaux et Bègles entre novembre 2021 et mars 2022 grâce au soutien du programme l’Art dans la ville de Bordeaux Métropole. Ces ateliers ont adopté une démarche transversale entre plusieurs disciplines : l’histoire, l’écriture et la musique. Ils ont permis aux élèves d’ouvrir un champ de savoir sur l’histoire de l’esclavage, l’écriture créative et poétique, mais aussi la rythmique des mots et des phrases ou le savoir-écouter. En continuation, voici le retour d’expérience de Nirina Ralantoaritsimba, artiste pédagogue qui a mené les ateliers 2021-2022.

Texte : Nirina Ralantoaritsimba

Photos : KLAC

L’an dernier, j’ai eu la chance d’animer un cycle de cinq ateliers d’écriture en école primaire, autour de l’oeuvre d’art La vase et la sel (Hoodoo Calliope) de l’artiste Bettina Samson et sous l’égide de l’association KLAC (vous pouvez voir et écouter l’oeuvre d’art en cliquant ici). Ces ateliers ont été une expérience artistique et pédagogique très enrichissante pour moi. Je tiens aujourd’hui à vous raconter ce que j’ai retenu de ces moments en Éducation Artistique et Culturelle.

 Tout d’abord, en amont de mes visites dans les classes de CM2, j’ai beaucoup apprécié les semaines de préparation avec Carlos, de l’association KLAC. Nous avons travaillé en binôme et en totale concorde à l’élaboration d’un livret pédagogique entre textes et images. Notre but était de donner naissance à un ouvrage qui puisse contenir une myriade de ressources (histoire de l’esclavage, passé négrier de Bordeaux, bases de poésie, histoire du jazz, lexiques…) et que cela soit un support d’inspiration au service des professeurs et des élèves. Pour moi, cette partie studieuse de documentation et de rédaction a été un moment très intéressant de recherche puis de vulgarisation. Il était important de laisser trace écrite de ce socle de connaissances pour bâtir les fondations de mes ateliers futurs : comme un pacte scellé entre les enfants, les professeurs et moi-même.

 Ensuite, concrètement les ateliers ont eu lieu dans des classes de CM2 de deux villes et quartiers différents, l’une à Bègles, l’autre à Bordeaux. Ce fut un plaisir pour moi de partir à la rencontre de deux décors, de populations différentes, ayant chacune une synergie singulière grâce à la diversité des élèves et à la personnalité des professeurs. J’avais du temps entre chaque atelier – lesquels se sont étalés sur plusieurs mois de novembre à février –  pour prendre du recul et revenir à chaque fois dans un nouvel élan, en prenant appui d’une part sur le travail effectué par le professeur dans l’intervalle, et d’autre part sur la maturation qui se fait naturellement d’un atelier à l’autre, comme quand on laisse reposer une œuvre en cours.

Ainsi, face à chaque classe, j’ai adapté mon accompagnement et ma démarche, j’ai diversifié le chemin vers l’écriture. Même si je tenais le cap d’une évolution progressive ayant pour objectif commun l’écriture de poème/paroles de chansons (et même la réalisation d’un recueil papier !), je n’ai jamais fait strictement le même atelier d’une classe à l’autre. Le copié-collé ne m’intéresse pas, et il est d’ailleurs impossible à appliquer en éducation. En effet, je suis très sensible à la question de la différenciation didactique : j’observe avec qui je travaille puis (et simultanément !) je module mon accompagnement en fonction de cette réalité de l’enfant-artiste. Car oui, j’ai considéré et insisté sur le fait que, pendant mes ateliers, les enfants étaient pour moi des artistes à part entière et des co-créateurs puisque nous écrivions ensemble. Certes, je les initiais à l’écriture de poèmes en leur proposant des techniques et conseils (mêlant oralité et écriture), en mettant en pratique une certaine structure prosodique, mais il était important pour moi qu’ils s’extraient un tant soit peu de leur rôle d’élève au sens classique, et qu’ils entrent dans leur « bulle d’écriture » d’écrivains en herbe, d’acteurs de leur propre art. J’espère avoir réussi à leur faire goûter cette nouvelle manière d’être à l’école : non pas en élève tout court, mais en « élève-artisan ».

Le partenariat avec les professeurs de ces classes a été un vrai soutien pour moi pendant les ateliers. En effet, j’étais un élément nouveau dans la vie de l’école, devant une vingtaine d’enfants ayant chacun leur personnalité en pleine construction, avec des degrés différents de besoin d’expression et d’attention, alors on n’était pas trop de deux pédagogues pour que le voyage artistique se fasse sans que le train ne déraille. En outre, les ateliers ont pu moduler en fonction aussi de ce que le professeur faisait avec sa classe entre chacune de mes interventions (reprise de l’écriture à l’ordinateur, écoute de musique de jazz, de chansons ou autres activités en lien avec les figures de l’abolition de l’esclavage…). Cela faisait partie des variables à prendre en compte pour moi dans l’atelier suivant, et cela rendait chaque atelier unique en son genre.

Ce que je retiens enfin de cette série d’ateliers d’écriture, c’est le lien que j’ai tissé progressivement avec tous ces jeunes. J’étais vraiment heureuse de revenir les voir à chaque fois, les entendre m’appeler par mon prénom, les voir me sourire – même derrière leur masque (car on a vécu ces moments privilégiés d’écriture collective pendant la pandémie !). Pendant ces ateliers, on a bien ri ensemble, on s’est amusé en créant, on a expérimenté, on a testé des méthodes inédites, on s’est observé les uns les autres dans notre processus créatif, chacun a été indulgent envers l’autre. C’était une belle leçon d’humanité. D’ailleurs, j’ai aussi beaucoup aimé voir les jeunes s’entraider dans l’écriture.

Pour finir, je dirais que j’ai été fascinée par le franc-parler foisonnant de certains et la sobriété de paroles d’autres, leur sens du détail, leur finesse d’esprit, leur humour, leur lucidité, leur capacité à interroger, leur force expressive, leur poésie tantôt exubérante tantôt discrète, leur capacité à dire leurs doutes bien sûr, mais finalement leur capacité aussi à me faire confiance et se faire confiance, et à laisser aller leur plume sur le papier…

J’ai beaucoup appris de ces jeunes artistes et jeunes artisans qui, je l’espère, continueront à faire connaître la voix de leur génération par l’écriture.

Je me doute que l’atelier n’a pas forcément plu à tous les enfants, car on n’est pas toujours le bon pédagogue de toutes et tous, et surtout c’est difficile pour le jeune artiste de faire sortir de soi ce qu’on a dans le cœur, surtout avec les mots justes, surtout dans un dispositif de classe inhabituel. Mais j’espère sincèrement que mon passage dans ces classes de CM2 l’an dernier, avec l’accompagnement de mon tambour, aura été une petite graine de joie plantée à Bègles ou à Bordeaux et qui germera un jour ou l’autre.

Plus d’infos :

Cliquez pour savoir plus sur l’oeuvre d’art La vase et la sel (Hoodoo Calliope)

Cliquez pour savoir plus sur sur le programme L’art dans la ville

Cliquez pour savoir plus sur l’artiste pédagogue Nirina Ralantoaritsimba


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