Plongée au cœur des Bassins de Lumières

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Texte et photos : Emma Callegarin

Paul Klee bassins des lumières

Suite à la léthargie due à la crise sanitaire, les lieux d’art rouvrent progressivement. L’inauguration des Bassins de Lumières, le plus grand centre d’arts numériques au monde, marque cette reprise de la vie culturelle bordelaise.

Imaginé par Culturespace, les Bassins de Lumières n’est pas une première pour l’entreprise qui compte déjà deux autres lieux similaires : les Carrières de Lumières aux Baux de Provence et l’Atelier des Lumières, ouvert en 2018 dans le 11e arrondissement de Paris. 

Les Bassins de Lumières prennent vie au sein de la Base sous-marine de Bordeaux, ancien bunker de la Seconde guerre mondiale destiné à accueillir des flottilles de sous-marins allemands et italiens. Situé dans le quartier de Bacalan, la structure brute du bâtiment se détache sur le fond des immeubles flambants neufs et des chantiers de construction. Figure intemporelle et massive, elle accueille depuis les années 2000 des expositions et des événements culturels. C’est en 2017 que la mairie a décidé de confier l’exploitation de quatre des onze alvéoles afin de les transformer en espace d’art.  

Base sous marine bordeaux
Base sous-marine Bordeaux

Du béton, de l’acier, de l’eau: un écrin brut pour une exposition construite sur la projection et les jeux de lumières. L’expérience artistique est magnifiée par la performance technique de G. Iannuzzi, R. Gatto, M. Siccardi et L. Longobardi, créateurs de cette exposition immersive. Les Bassins de lumière, ce sont 13 000 m2 de superficie totale, 90 vidéos projecteurs et 80 enceintes animant cette ancienne base militaire. Les rappels à la nature et à l’histoire particulière du lieu sont constants. Ainsi dans la première partie de l’exposition on  voit apparaître des portes métalliques laissant pénétrer un sous-marin. Témoignage historique de l’utilité première de ce lieu, désormais dédié à l’art. 

La spécificité de cette structure d’art réside dans les jeux de reflets créés par l’eau. Le spectateur déambule le long de passerelles surplombants les bassins, la réflexion des projections ondule sur l’eau. L’immersion est totale et les reflets aquatiques lui confère des allures oniriques et poétiques. 

L’exposition 2020 s’articule en trois tableaux : une animation historique sur la Base sous-marine, un format long dédié à Gustav Klimt et un programme court sur Paul Klee. 

Klint bassins des lumière

A peine les portes massives de la Base franchies, le spectateur est plongé dans le noir. Cette perte de repères ne fait que mettre en exergue la sollicitation des sens nécessitée par le début de la projection. La lumière et le son rompent l’obscurité. On se sent minuscule face à l’immensité du lieu et au spectacle se déroulant sous nos yeux. Les murs se parent de couleurs, et ainsi commence le ballet des tableaux qui apparaissent et disparaissent dans la première partie de l’exposition intitulée « Gustav Klimt, d’or et de couleurs ». Elle dévoile l’œuvre de l’artiste au sens large, allant de ses portraits, aux paysages, en passant par ses nus, et sa période dorée. Le jeu constant de la matière et des sensations fascine, les murs deviennent végétaux lorsque les arbres et les fleurs se mettent à les recouvrir en un tableau envoûtant. La révolution portée par la Sécession viennoise (courant artistique autrichien rattaché à l’Art Nouveau) s’illustre délicatement sur les murs de bétons : l’or et les motifs décoratifs prennent possession des lieux pour le plus grand plaisir des spectateurs. 

Le deuxième programme proposé met en avant un peintre et musicien dans « Paul Klee, peindre la musique ». Les œuvres colorées et abstraites de l’artiste germano-suisse possèdent cette naïveté et ce trait enfantin tout en témoignant de la richesse technique et imaginative de l’artiste, son œuvre prolifique comptant plus de 10 000 dessins et esquisses. Violoniste, la musique a eu une grande importance dans sa vie et a fortement influencé ses peintures et ses sculptures. L’exposition s’appuie sur ces harmonies et mélodies pour faire pénétrer le visiteur dans son univers imaginaire. Que ce soit dans un monde subaquatique peuplé de poissons multicolores, au milieu d’êtres étranges ou de simples formes géométriques, ses gammes picturales nous y transportent au rythme des airs de Mozart. 

Paul Klee rouge, bassins des lumière

Les Bassins de Lumière jouent avec notre perception du temps, les quarante minutes de l’exposition filent à toute vitesse. L’exposition va encore plus loin  pour déboussoler les spectateurs : les repères spatiaux sont eux aussi remis en question au sein du Cube.

Ce dernier espace à découvrir est une pièce de 220 m2 et de 8 m de haut. Elle se distingue du reste du lieu de l’exposition par ses parois lisses et blanches, se prêtant parfaitement à ce rôle de toile. Le Cube accueille deux créations d’art contemporain immersif portées par des artistes confirmés ou émergents travaillant avec ces technologies. 

La première « Anitya », production d’un collectif bordelais, plonge le spectateur à l’intérieur d’un sous-marin allemand de la Seconde Guerre mondiale lors d’une promenade conduisant à un chaos graphique, déconstruisant les composants de l’appareil et les offrants au regard du visiteur. 

La seconde, « Ocean data », est le fruit du travail d’un groupement d’artistes turcs, et utilise les talents d’une Intelligence Artificielle. Cette dernière a traité les données statistiques captées dans les mers et les a traduites grâce à un algorithme en formes, sons, lumières, et mouvements évoquant les espaces marins. Le potentiel du Cube est pleinement utilisé. Grâce à ces images en mouvement constant, une impression de déséquilibre surprend le spectateur qui se sent tanguer au rythme de cette oeuvre digitale unique. 

Une immersion réussie, une parenthèse enchanteresse qui ne vient se briser que lorsque les rayons du soleil viennent aveugler le spectateur une fois sorti de ce cocon sombre et poétique. 

Liens utiles :

Les Bassins de Lumières : https://www.bassins-lumieres.com

Ouchhh : http://www.ouchhh.tv

Organ’Phantom : https://organphantom.org/en/music-et-digital-art/


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