A-MO : La jungle urbaine

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Crédit photo : MOJO

Qui n’a pas croisé ces grands animaux colorés sur fond noir en déambulant dans Bordeaux ? Des cerfs, un phœnix, un léopard ou un panda, A-MO possède tout un bestiaire dont il se saisit pour orner les murs et les toiles.

Il nous présente son univers coloré et instinctif, sa « jungle urbaine » dans cette interview.

Comment vous êtes-vous mis à peindre ?

Je suis autodidacte, j’ai toujours dessiné, vraiment depuis que je suis tout petit. C’est l’une des rares choses qui m’ont suivi toute ma vie. Quand j’étais ado, au milieu des années 90, je me suis passionné pour le rap et le mouvement hip hop dans sa globalité. C’est à cette époque que j’ai découvert le graffiti et me suis mis au lettrage.

Après quelques années et un déménagement, j’ai laissé le graffiti de côté pour travailler des techniques plus classiques telles que l’aquarelle, le pastel ou le fusain et j’adorais le travail d’esquisse.

Au début des années 2010, j’ai cherché à revenir à la bombe de peinture et j’ai creusé un peu dans tous les sens pour essayer de développer une pratique dans laquelle je m’amuserais vraiment. Petit à petit, au fil des ratés et des essais douteux, ce travail de recherche m’a amené à faire ce que je fais aujourd’hui.

Énormément d’artistes m’inspirent pour tout un tas de raisons, et ça évolue beaucoup ! Le travail d’Herakut, Etam Cru, Anthony Lister ou Inti, m’a toujours beaucoup marqué, ils ont chacun un univers qui leur est propre et dans lequel ils excellent.

A-MO, votre pseudo, a une histoire ?

J’ai eu de nombreux pseudo étant ado, tous plus ridicules les uns que les autres mais je m’en foutais, c’était marrant ! Quand je me suis remis à la peinture murale, j’ai cherché à peindre sous un nom qui avait du sens. Je peins aujourd’hui sous le pseudo d’A-MO. Il s’agit d’un surnom que l’on me donne depuis mon enfance mais uniquement de la part de gens très proches… C’est un pseudo très court, qui se prononce facilement et qui signifie « j’aime » en espagnol et portugais. C’est un choix qui s’est imposé de lui-même pour toutes ces raisons.

Cette pratique dont vous m’avez parlé s’illustre par une technique particulière appelée « paintag ». Est-ce que vous pourriez m’en parler ?

Avec le mot « paintag », j’ai donné un nom à quelque chose qui avait déjà été fait bien avant moi. C’est une technique qui consiste à intégrer des tags dans une peinture, voire ne peindre qu’avec un amoncellement de tags qui se superposent.

Quant à leur choix, il n’y a aucune réflexion, ce sont des mots, des phrases, des lettres qui me viennent en fonction du lieu, de la thématique, du besoin esthétique… C’est quelque chose de très instinctif que je souhaite garder spontané.

L’objectif est pour moi d’avoir une double lecture : de près on ne voit que des tags et de loin les tags s’effacent au profit du sujet qui se dévoile. Cette technique me permet d’avoir une esthétique particulière que je développe depuis quelques années maintenant.

Je dirais que j’ai un style instinctif et dynamique, ce qui est dû à tous ces traits, je n’ai jamais de belles surfaces lisses.

Crédit photo : A-MO

Les sujets de vos fresques sont exclusivement des animaux. Pourquoi ce choix ? Comment décririez-vous votre rapport à la nature ?

Je cherche dans ma pratique à être le plus en phase avec moi-même et ce qui me plait, je recherche une certaine cohérence. J’ai un attachement et un intérêt particulier pour la nature dans ce que ça englobe de plus général. Je me suis donc tout naturellement mis à peindre des animaux car j’y trouve un réel intérêt et un vrai plaisir. J’ajouterai à ça que le fait de peindre des animaux en ville m’intéressait beaucoup.

Après, je ne suis absolument pas bloqué dans cette thématique, je ne connais pas l’évolution que va prendre mon travail. Je me laisse la liberté de prendre des chemins de traverse au fil de ma carrière et c’est ce qui rend le voyage si intéressant.

Crédit photo : A-MO

Lors d’une performance au M.U.R, vous avez repris des animaux en voie de disparition avec écrit « regardez les disparaitre », vous avez envie que vos œuvres interpellent les gens ? Les fassent réfléchir sur les thématiques environnementales ou sur d’autres sujets ?

L’idée de ce mur était de peindre trois oiseaux disparus ou en voie de l’être. Le texte inscrit était à lire dans les deux sens : c’est à la fois ce que nous nous disons en observant les chiffres de leur disparition mais c’est également ce que la nature pourrait se dire en nous observant… Ainsi ces trois oiseaux deviennent également spectateurs de notre propre déclin.

Globalement, je ne prétends pas inciter les gens à réfléchir ou à changer. Je souhaite juste leur montrer des animaux là où ils n’y pensent plus, dans un cadre qui en est dénué. Le fait de voir ces animaux les amènera peut-être à les considérer, à considérer la nature… Ou pas…

Comment est-ce que vous travaillez, vous avez un processus créatif défini ?

C’est en général le contexte qui dicte l’image, donc le mur.

En termes de temps, comparativement à beaucoup de muralistes, je suis assez lent : ça va évidemment dépendre de la taille du mur mais disons entre 4h et 2 jours pour un mur « classique ».

J’aime bien garder des traces de toutes les œuvres, murales ou non, que je produis mais je n’ai aucune idée du nombre de murs que j’ai peint, il faudrait que je compte un jour…

Pour ce qui est des toiles, je crois que j’étais à 120 toiles environ en début d’année.

Crédit photo : A-MO

Est-ce que vous pourriez me parler de votre rapport au mur en tant que médium ?

Le mur a de nombreux avantages : il permet de travailler à l’échelle humaine, c’est-à-dire que le public l’appréhende comparativement à sa propre taille, ce qui lui confère un côté plus impressionnant, plus marquant, plus palpable. Et justement, un mur, on peut le toucher, ce n’est pas une toile que l’on nous a toujours interdit de frôler ! Le mur est souvent visible, ouvert sur le monde et devient de ce fait le support le moins élitiste qui soit pour peu qu’il soit visible du grand public. Le mur est pour moi le support ultime, le plus tourné vers les autres, il confère un contexte à l’œuvre et lui offre un public varié.

Je peins également sur toile, j’ai donc différentes approches selon mon support. Elle est par essence plus élitiste, c’est un objet que l’on conserve, dont on choisira le contexte, le cadre et le public. Comme je le disais, le mur est souvent tout l’inverse.

Ce grand écart permet de toucher un public extrêmement large et c’est la raison pour laquelle je ne les oppose pas mais les vois comme complémentaires. Le mur aurait tendance à être mon premier choix mais le travail de l’objet qu’est la toile est quelque chose de très stimulant également, porté plus sur le détail.

On a pu voir votre travail passer de la rue à des expositions plus institutionnalisées comme chez Bernard Magrez, avez-vous une volonté de pérenniser votre travail en le faisant entrer au musée ?

Mon objectif est de toucher le plus grand nombre de gens possible. Cela signifie pour moi être visible dans la rue comme chez les gens, les galeries et pourquoi pas les musées si un jour ça devait m’arriver. Je ne suis pas un puriste et ne pense pas que tels types d’art devraient se cantonner à tels lieux.

Je ne suis ni un graffeur, ni un tagueur, ni même un peintre animalier ou un street artiste et je considère que ma place n’est nulle part et donc partout. Je choisis d’ouvrir le champ des possibles sans me soucier de ce qui se fait ou non chez tels ou tels « puristes », du moment que je suis à l’aise et me retrouve dans mes choix, c’est tout ce qui compte.

Quelle est votre actualité en ce moment ? Quels sont vos projets à venir ?

Je viens de finir une peinture dans un hôpital psychiatrique, je dois ensuite peindre dans un restaurant puis le mur d’un particulier et finir des toiles en commande.

J’ai pour projet de profiter chaque jour de la chance que m’offre ce mode de vie : une alternance incroyable de cadres de travail, de milieux sociaux et de rencontres formidables.

Liens utiles :

Site : www.a-mo-art.com

Facebook : https://m.facebook.com/AMOstreetart/

Instagram: https://www.instagram.com/amoarts

Crédits photos :

Photo du visuel : MOJO

Autres photos : l’artiste

Categories: Interviews

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